Cairo Meubles Design SAS

Attrayant et fascinant – le Vitra Campus à Weil am Rhein

Le Vitra Campus est un ensemble architectural unique situé à Weil am Rhein dans la vallée du Rhin en Allemagne. C’est ici que l’élite internationale des architectes travaille sur la construction d’ouvrages, c’est ici que le projet Vitra (Vitra Project) s’épanouit dans toute sa force visionnaire et c’est aussi l’endroit qui, dans un environnement au paysage légèrement vallonné, réunit à la fois l’architecture, le design, l’art et, bien entendu, le montage final des meubles Vitra. Mais c’est aussi sur le plan architectural que la réalisation d’un projet sur ce campus s’apparente à un anoblissement, et les grands noms qui sont immortalisés ici rayonnent dans le monde entier par leur force d’attraction. Que ce soit Jean Prouvé avec sa station-service filigrane, Zaha Hadid avec sa remarquable Caserne de pompiers (Feuerwehrhaus), Tadao Ando avec son Pavillon de conférences (Conference Pavilion) contemplatif, Richard B. Fuller avec son Dôme (Dome) ou les halles de production de Nicholas Grimshaw, Frank O. Gerhy, Álvaro Siza et SANAA, le Vitra Design Museum (Musée du Design Vitra), également signé Gehry, la VitraHaus (Maison Vitra) aux multiples imbrications, de Jacques Herzog et Pierre de Meuron (connus sous le nom de Herzog & de Meuron), ou les Balancing Tools de Claes Oldenburg – ici, ce sont les plus grands noms qui construisent. Et cette concentration d’architectes prestigieux laisse tout naturellement son empreinte sur le campus. Les étudiants en architecture des quatre coins du monde fréquentent le campus afin d’y étudier les bâtiments en face à face, les amateurs de design du monde entier se rendent au Vitra Flagship Store (boutique flagship de Vitra) pour y acheter leur pièce préférée sur place ou pour assister directement à la fabrication de leur propre Eames Lounge Chair. Autant de raisons qui nous ont donné envie de nous rendre sur le campus de Vitra et de vous le présenter en détail sur cette page.

Le Vitra Campus à Weil am Rhein

Vitra. Ce n’est pas seulement un nom, pas seulement une quelconque une entreprise. Non, Vitra est une institution, un projet architectural, culturel et bien sûr entrepreneurial en évolution qui suscite l’inspiration dans le monde entier. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas ici de parler du mobilier extrêmement célèbre de cette entreprise non moins célèbre, mais plutôt de vous présenter quelques-unes des multiples facettes architecturales du Vitra Campus à Weil am Rhein, près de Bâle. L’impulsion pour la construction de ce campus a été donnée par un incendie, un chapitre de son histoire que l’on pourrait presque qualifier de biblique. C’est en effet après qu'un grand incendie ait détruit la plupart des bâtiments de production de Vitra en 1981, qu’a vu le jour un ensemble hétérogène à l’architecture contemporaine sur le site de l’entreprise. Vitra produit certes depuis 1950 à Weil, mais c’est l’incendie catastrophique en question qui a donné naissance au Campus. Peu d’endroits dans le monde cumulent autant de bâtiments des plus grands architectes du 20e siècle dans un parc architectural unique en son genre que celui de Weil am Rhein. Les styles architecturaux représentés ne pourraient pas être plus différents, et pourtant chaque bâtiment s’intègre dans ce grand ensemble qu’est le Vitra Campus, son aspect architectural et son effet esthétique sur le paysage environnant représentant bien plus que la simple somme de ses édifices. Rien que le chemin d’accès en témoigne déjà. Nous nous approchons du campus depuis le cœur de la ville, et ce à pied. Nous serons par la suite persuadés que se déplacer personnellement à pied est le meilleur moyen de découvrir le Vitra Campus. La visite en voiture particulière n’est de toute façon pas autorisée sur le site.

La Maison Vitra, avec ses pignons décalés sous lesquels est présentée une large collection de chaises Eames, est visible de loin. Elle se dresse fièrement et librement dans le paysage plat à cet endroit et qui sur sa droite, s’élève en direction des hauts vignobles de la vallée du Rhin supérieur, un spectacle d’autant plus beau le jour de notre visite qu’aucun nuage ne vient troubler le soleil éclatant et bas de décembre. Nous passons le portail d’entrée et avons devant nous une sorte de « rue principale » du campus, qui se déroule tout droit et nous fait brusquement prendre conscience de l’étendue du campus, qui fait un kilomètre carré. Nous suivons cette rue sur quelques mètres et notre regard est attiré par un tout petit bâtiment d’apparence miniature, en comparaison avec les constructions environnantes. Une construction simple, presque entièrement vitrée, avec des bandes décoratives rouges, peu d’agencement intérieur et une arrière-salle insignifiante : nous sommes devant la fameuse station-service de Jean Prouvé. Cette station-service est célèbre parce qu’elle fait partie des premières stations-service fabriquées en série dans le monde. Elle a été construite au début des années 1950 pour l’entreprise française Mobiloil Socony-Vacuum et se trouve depuis 2003 sur le Vitra Campus à Weil, étant l’un des trois derniers exemplaires encore existants. Les grandes vitres sont maintenues par des éléments en aluminium en forme d’équerre, la structure porteuse et les murs sont clairement séparés les uns des autres par la construction et la couleur. À la vue de la station-service, rien ne laisse présumer que Jean Prouvé (1901-1984), ferronnier d’art de formation, n’était qu’un architecte autodidacte. Prouvé s’est toujours efforcé d’appliquer à l'architecture des techniques de production issues de l’industrie, sans pour autant faire de concessions sur la qualité esthétique. Originaire de Nancy, en Lorraine, il a provoqué un scandale international en 1971 en étant nommé président du jury du concours d’architecture pour le Centre Pompidou à Paris, vu qu’il n'était pas architecte. Son métier d’origine se retrouve dans son architecture, dans la mesure où nombre de ses constructions sont démontables et peuvent donc être remontées à d’autres endroits, comme c’est le cas de la station-service. Elle constitue un petit bijou architectural au milieu du Vitra Campus, marqué par des constructions postmodernes, mais ne passe pas inaperçue en raison de l’étendue du site et n’est en rien privée de son attrait esthétique architectural. Une toute petite station-service aux grands effets.

Quelle est la plus belle caserne de pompiers que vous connaissiez ? Eh bien, nous connaissons les casernes de pompiers en tant que bâtiments fonctionnels et utilitaires sans autre prétention esthétique. Un hangar peu élevé pour les véhicules et un bâtiment en extension sans ornement, de deux étages tout au plus, pour les locaux de l’équipe. Les casernes de pompiers sont la plupart du temps dépourvues d’expression architecturale, ce qui fait qu’elles ne nous restent pas longtemps en mémoire. Ou bien avez-vous en tête l’image de la caserne de pompiers de votre lieu de résidence ou de la ville la plus proche ? Probablement pas - et pour nous, nous l’avouons sans détour, il en va de même. Mais nous avons tous en tête l’image d’une mairie, d’une tour de télévision, d’un centre commercial, d’un musée, d’une entreprise ou d’un bâtiment administratif. Lorsque vous aurez vu la Caserne de pompiers sur le Vitra Campus de Weil am Rhein, cela changera subitement, car vous ne l’oublierez pas de sitôt et son image restera gravée dans votre mémoire.

Nous longeons une route rectiligne qui prend ensuite un léger virage. C’est là que nous découvrons d’apparents fragments de béton gris. Nous nous trouvons ici devant une chose qui n’est rien de moins que la fameuse Caserne de pompiers, extrêmement réputée parmi les amateurs d’architecture, si ce n’est la plus connue au monde. Elle a été créée par Zaha Hadid (1950-2016) à la demande de Rolf Fehlbaum, alors directeur général de Vitra, qui avait déjà réussi à convaincre deux architectes de renom, Frank Gehry et Tadao Ando, de travailler sur le campus de Vitra. La Caserne de pompiers a été construite suite au grand incendie de 1981, au cours duquel une partie importante du site de l’entreprise fut la proie des flammes. Cependant, il a fallu plus de dix ans pour que le projet se transforme en bâtiment. Depuis 1993, cette œuvre d’art architecturale signée Zaha Hadid enrichit le Vitra Campus par sa singularité, et elle est entre-temps devenue une icône architecturale à la beauté étrange et dont la présence incontournable attire chaque année des milliers de visiteurs du monde entier. La Caserne de pompiers montre de manière impressionnante que Zaha Hadid n’est pas simplement une architecte, mais une artiste qui se joue des idées traditionnelles de l’architecture, et pas seulement avec sa Caserne de pompiers. Zaha Hadid est une superstar de l’histoire récente de l’architecture. Née en Irak, Z. Hadid est issue d’une famille qui n’était pas opposée aux modes de vie occidentaux et dont la maison était fortement influencée par le style Bauhaus. Sa formation scolaire, qu’elle a suivie dans des internats suisse et britannique, était donc ouverte sur le monde cosmopolite. Elle a ensuite suivi des études d’architecture à l’université américaine de Beyrouth ; son mémoire de fin d’études traite du plan d’un hôtel à Londres. C’est dans cette ville que Z. Hadid s’est mise à son compte en 1980 avec son propre bureau. Mais la percée s’est fait attendre. De nombreux projets sont restés au stade de l’ébauche. En fait, Zaha Hadid a réussi à se hisser sur la scène internationale avec la Caserne de pompiers pour Vitra. La Caserne de pompiers est comme une sorte de papier-calque pour de tout le reste de l’œuvre de Hadid. Le bâtiment aux contours accidentés n’a aucun angle droit, il donne la sensation d’une accumulation de coins inattendus, d’arêtes dures et de pointes acérées, et il irrite avec ses lignes plongeantes, ses angles obliques, ses murs qui se terminent en pointe et sa singulière impression d’inachèvement.

Nous entrons maintenant dans ce bâtiment totalement dépourvu de couleurs. De l’intérieur, le bâtiment est tout aussi déstabilisant que de l’extérieur. Nous avons l’impression d’être ivres – ce qui n’est évidemment pas le cas. Ce sont les plans inclinés, les murs effondrés et les sols en pente qui nous donnent le sentiment d’être sur un bateau secoué par une tempête - une impression renforcée par les murs plongeants. Le passage vers les toilettes par les vestiaires ouverts nous laisse croire qu’il nous faut nous tenir quelque part, ce qui n’est bien entendu pas nécessaire non plus. Nous nous trouvons ici dans un bâtiment qui donne littéralement le vertige, un bâtiment dont l’effet est physiquement perceptible – ce qui a valu à la Caserne de pompiers sa célébrité particulière. Peut-être pouvez-vous juger de l’effet que fait ce bâtiment en regardant les images ? Zaha Hadid est la première femme à avoir reçu le prix Pritzker, que l’on qualifie volontiers de prix Nobel de l’architecture et qui jouit de la plus grande reconnaissance parmi les experts. En pénétrant dans la Caserne de pompiers de Vitra, on perçoit justement la raison pour laquelle le prix lui a été décerné. On y ressent comment Zaha Hadid est capable de modifier la perception de l’espace par l’architecture. Ses constructions ne visent pas à confirmer des modèles de perception connus, mais à inviter l’être humain à s’ouvrir à de nouvelles perceptions. La Caserne de pompiers est une sculpture plus qu’un bâtiment, et son impact à cet endroit est d’autant plus fort que les bâtiments voisins sont des halls d’usine construits traditionnellement à angle droit. Le fait que la Caserne de pompiers ne soit plus utilisée en tant que telle, parce que les pompiers de Weil et de Bâle seraient compétents pour intervenir en cas d’incendie – ce qui, espérons-le, ne se produira pas –, n’a en fait guère d’importance. L’effet de cette œuvre d’art en béton reste de toute façon intact, que des camions de pompiers y soient garés ou non. Le bâtiment est désormais utilisé pour des évènements ou des expositions du Vitra Design Museum, et même vide, cet édifice demeure une expérience fascinante qui vaut toujours le détour.

Le béton est magnifique – il faut bien le reconnaître lorsque l’on porte le regard sur le Pavillon de conférences de Tadao Ando, situé près de l’entrée principale et dont l’architecture des plus particulière peut trop vite passer inaperçue. Cependant, là aussi le Vitra Campus vaut la peine d’être visité ! Le Pavillon de conférences ne se fait d’abord remarquer que par un mur en béton à angle droit, lequel à l’instar d’un élément de structuration paysagère, laisse suggérer différents axes. Sans même avoir pénétré dans le pavillon, ce mur nous fait prendre conscience de trois des principes les plus importants de l’esthétique architecturale chez Ando : premièrement, le jeu avec les formes géométriques, deuxièmement, l’utilisation de béton apparent non revêtu et troisièmement, un réductionnisme conséquent qui réduit radicalement un bâtiment à ses structures de base et renonce totalement à tout élément décoratif. Les bâtiments de Tadao Ando n’ont pas besoin de décorations, car ils sont eux-mêmes la décoration et plus précisément, celle du paysage qui les entoure. C’est la raison pour laquelle la construction d’Ando peut passer inaperçue : le Pavillon de conférences se fond avec une élégance impressionnante dans l’ensemble plat du Vitra Campus, car seule une partie du bâtiment se trouve effectivement au niveau du sol. Les pièces principales du bâtiment se trouvent sous le gazon, sans toutefois donner aux personnes qui s’y trouvent l’impression qu'elles sont dans un sous-sol sombre.

Nous longeons le mur en direction de l’entrée principale du pavillon. Le chemin qui y mène n’est qu’un étroit sentier étroitement blotti contre le mur. Avec ce chemin piétonnier, également à angle droit, Ando fait référence aux chemins de méditation des monastères japonais, sans toutefois négliger la tradition monastique du monde occidental : le chemin orthogonal qui longe les dalles de béton dépassant la taille d’un homme peut également être considéré comme un hommage aux cloîtres des monastères européens. Sur la base de cette conception, le mur d’Ando ressemble à une cour intérieure de monastère ouverte sur un côté. Le Pavillon de conférences se trouve d’ailleurs entre plusieurs cerisiers, et les cerisiers ont une grande importance dans la tradition japonaise. Ando a donc réalisé sur le Vitra Campus un projet qui s’inscrit entièrement dans le contexte culturel dont il est issu. À l’intérieur, se renforce l’impression d’ascétisme que le bâtiment donne au visiteur dès l’extérieur. Dans l’entrée, le regard est attiré par une paroi vitrée qui s’étend sur plusieurs mètres au-dessous du niveau du sol et qui offre une vue sur l’extérieur, sur la rue et sur une large et grande cour intérieure ainsi que sur l’intérieur ou plutôt sur le bas, là où se trouve la pièce principale du bâtiment. Un escalier arrondi et spacieux permet d’accéder aux pièces proprement dites du bâtiment, à savoir la salle de conférence et la salle à manger, la cuisine et les sanitaires, ainsi qu’à des espaces utilisables de manière flexible. Le verre et le béton dominent également à l’intérieur du bâtiment. Le béton apparent est d’une élégance froide, également perceptible au toucher. L’intérieur minimaliste, composé de chaises rouges, noires et gris foncé ainsi que de tables en bois de couleur naturelle, forme un contraste de couleur avec le béton brut, sans pour autant nuire à l’atmosphère harmonieuse du bâtiment – bien au contraire : la beauté du béton brut est encore intensifiée par les matériaux du mobilier, de nature totalement différente. Le béton apparent est structuré par des axes verticaux et horizontaux ainsi que par des trous d’ancrage visibles , où serait normalement placé un coffrage. Le tout forme sur la surface une sorte de grille à l’aspect calme et symétrique et à la structure toute mathématique. L’absence de coffrage du béton est devenue la marque de fabrique de Tadao Ando, reconnaissable dans le monde entier. Les dimensions des dalles de béton utilisées par Ando s’inspirent également de longues traditions. Ces éléments de construction ont la taille des tatamis, des nattes japonaises en paille de riz qui recouvrent depuis toujours les pièces traditionnellement aménagées des maisons japonaises, appelées washitsu. Tous les espaces intérieurs sont éclairés par la lumière du jour grâce à deux cours intérieures aux dimensions généreuses et à de grandes baies vitrées. Ainsi, aucune personne séjournant dans le bâtiment n’aura à souffrir d’un quelconque manque de clarté. L’escalier élancé est une continuation du chemin longeant le mur vers l’intérieur, et ceci est également une caractéristique des constructions d’Ando : le tracé des chemins d’accès est souvent étroit, et la plupart du temps aussi sinueux.

Tout comme Jean Prouvé, le créateur de la station-service présentée ci-dessus et également située sur le campus, Tadao Ando n’est pas architecte au sens où il a étudié l’architecture. Ando est « seulement » autodidacte - ce qui rend encore plus impressionnante son ascension vers le statut d’architecte le plus renommé du Japon et parmi les plus connus au monde. Ses maisons et villas, églises et temples, musées et complexes résidentiels présentent une signature unique et sont partout dans le monde indéniablement attribuables à la plume d’Ando. La finesse du béton apparent, avec les trous de coffrage visibles, le jeu gracieux avec les profondeurs, l’incidence de la lumière, les axes visuels et le paysage environnant font de chaque bâtiment signé Ando une œuvre d’art individuelle. Cela vaut bien sûr aussi pour le Pavillon de conférences et de congrès du Vitra Campus, qui contribue largement aux visites rendues régulièrement sur ce campus par les fans d’architecture du monde entier, visite que nous aussi recommandons expressément de faire.

Quand avez-vous fait du camping pour la dernière fois ? Eh bien, tournons maintenant le dos à l’impressionnant bâtiment d’Ando et dirigeons-nous vers l’ouest. Nous y voyons un dôme blanc soutenu par une armature géométrique. La coupole occupe une place particulière sur le Vitra Campus, si ce n’est en raison de sa forme ronde frappante, car ce n’est pas un bâtiment au sens strict du terme. En fait, c’est une tente que nous voyons devant nous et il s’agit bien du Dôme. Créé par l’architecte américain Richard B. Fuller (1895-1983), le Dôme est construit comme une tente composée de madriers de bois de couleur naturelle et dont le seul objet d’ameublement, le jour de notre visite, était un long sideboard incurvé. Le Dôme n’étant pas chauffé, la température extérieure et la température intérieure s’équilibrent - seuls les rayons du soleil parviennent à réchauffer un peu l’intérieur. Mathématiquement parlant, le Dôme n’est pas non plus une tente, mais une coupole géodésique. Les coupoles géodésiques sont des constructions de coupoles dont la surface est subdivisée en facettes triangulaires. Ces triangles peuvent être remplis d’un matériau statique, comme le verre, ou élastique, comme une toile de tente, ou encore, comme c’est le cas du Dôme, être utilisés comme structure porteuse pour un matériau situé en dessous. La structure trigonométrique du Dôme est constituée de barres d’aluminium reliées entre elles par un système d’emboîtement permettant un montage et un démontage rapides. Par rapport aux bâtiments conventionnels, les dômes géodésiques sont beaucoup plus résistants aux tremblements de terre, offrent un ensoleillement constant ainsi que la possibilité de placer des fenêtres à n’importe quel endroit. La coupole du Vitra Campus ne comporte pas de fenêtres. Le Dôme est utilisé pour des expositions et des manifestations de toutes sortes. L’architecte, inventeur et constructeur américain Richard B. Fuller (1885-1983) a été un pionnier de ces coupoles géodésiques, qu’il a systématiquement continué de développer à partir des années 1940. En 1954, il a fait breveter le principe de construction et c’est en 1967 qu’il a définitivement percé au niveau international avec une coupole géodésique pour l’EXPO de Montréal. Depuis, les dômes radars et les planétariums comptent ainsi parmi les cas les plus connus d’utilisation de dômes géodésiques. Le Dôme du Vitra Campus a été construit en 1975 et a servi au salon de l’automobile à Detroit en 1978. Rolf Fehlbaum, un des fils du fondateur de Vitra, Willi Fehlbaum, a acheté le Dôme en 2000 lors d’une vente aux enchères et l’a fait reconstruire pour en faire une nouvelle attraction architecturale sur le Vitra Campus. Depuis lors, le Dôme contribue largement à l’hétérogénéité architecturale du Vitra Campus, tout comme il contribue à la force d’attraction du site qui attire chaque année de nombreux visiteurs du monde entier, et nous aussi, à Weil am Rhein. Et peut-être en ferez-vous bientôt partie vous aussi ?

Après avoir vu la station-service de Prouvé, après nous être abandonnés à l’architecture décalée – dans les deux sens du terme – et terriblement efficace de Zaha Hadid, après être revenus à nous dans le bâtiment de conférence contemplatif de Tadao Ando et après avoir admiré la tente de Fuller, nous allons maintenant examiner les halles dans lesquelles sont fabriqués des meubles qui sont aussi bien classiques et éprouvés que progressistes et tournés vers le futur. De tels halls d’usine se trouvent dans chaque entreprise de production et tous ont en commun une fonctionnalité qui tient rarement compte de l’aspect esthétique extérieur. Chez Vitra, cela est différent. Vitra ne laisse rien au hasard. C’est ainsi que même des bâtiments fonctionnels apparemment insignifiants sont également des points forts architecturaux créés, dans le cas des halles de production, par Nicholas Grimshaw, Frank O. Gerhy, Álvaro Siza et SANAA.

En général, les halls d’usine ne sont rien d’autre que des bâtiments de hauteur réduite et de grande surface dont la vocation, formulé de manière simplifiée, est de permettre à tous les processus de production de se dérouler de manière claire et efficace sur un seul niveau. Cela vaut bien sûr aussi pour les halls d’usine de Vitra. Mais ici, l’accent est également mis sur la qualité esthétique. L’utilité et la beauté sont des principes d’égale importance qui, comme dans un meuble Vitra, s’appliquent également à l’architecture du campus. C’est ce que nous voulons explorer lors de la poursuite de notre promenade. Il est judicieux de parcourir les halles de production dans l’ordre chronologique. Le plus ancien des halls est la double halle conçue par Nicholas Grimshaw (*1939) et construite en 1981 et 1986. Au début des années 80, la production de Vitra était littéralement à l’agonie, car un grand incendie avait détruit une grande partie de la structure des bâtiments datant des années 50. Il s’agissait alors de prendre un nouveau départ. Pour cela, on fit appel à Grimshaw, un architecte britannique réputé qui avait jusqu’alors fait parler de lui avec une tour d’appartements inhabituelle à Londres ainsi qu’avec le siège britannique de BMW à Bracknell, une petite ville à l’ouest de Londres, et qui est devenu par la suite membre d’honneur de la Fédération des architectes allemands. Avec ses halles de production, Grimshaw a posé la première pierre du Vitra Architecture Park (Parc Architectural Vitra). Lorsque l’on s’approche du Campus, le tandem de bâtiments séduit de loin par son aspect métallique bleu-argenté, qui ressemble à celui d’une truite de rivière. L’impression visuelle n’est pas la seule à être remarquable : six mois seulement se sont écoulés entre la planification et l’achèvement de la halle. Cela a été possible grâce à l’emploi d’éléments de façade préfabriqués en tôle d’aluminium et à structure ondulée qui, sous la lumière du soleil, produisent des effets de lumière irisés. Outre la production, les halles abritent deux salles d'exposition (Showrooms) ainsi que le Citizen Office.

En 1989, le deuxième hall de production a été construit, cette fois-ci d’après un projet de l’architecte américano-canadien Frank O. Gehry (*1929). Gehry est lauréat du prix Pritzker (le prix d’architecture le plus prestigieux au monde, qui est entre-temps considéré comme une sorte de prix Nobel pour les architectes) et il ne doit plus guère être présenté en tant que tel au public allemand, car il a créé dans ce pays des bâtiments rendus célèbres mais qui sont loin d’avoir fait l’unanimité auprès du large public – il suffit de penser à la tour « tordue » (la « Gehry Tower ») à Hanovre, au bâtiment de la DZ Bank à Berlin (près de la porte de Brandebourg) ou au centre d’affaires « nouveau Zollhof » (« neuer Zollhof ») à Düsseldorf, qui se passe de corniches et de socles et dont la façade fluide ressemble à un morceau de glace fondant au soleil. La halle de production de Gehry pour le campus Vitra est l’équivalent de sa voisine, la halle de Grimshaw, en hauteur et en surface et elle se caractérise en somme par un langage formel sobre ; seule l’entrée révèle ce pour quoi Gehry est célébré dans le monde entier : les rampes incurvées et le toit en surplomb sont marqués par des lignes amples, ce qui confère au bâtiment (comme à tant d’autres bâtiments signés Gehry) une note dynamique et organique. Chez Gehry, le design et l’architecture ne font qu’un, et cela devient particulièrement évident lorsque l’on a le plaisir de parcourir les rampes en forme de tunnel qui mènent par exemple à la cantine, aux bureaux, aux salles d’exposition et aux ateliers de production ainsi qu’au centre d’essai. Quelques années plus tard (en 1994), la troisième halle de production du campus fut mise en service.

Tout à l’opposé des bâtiments de Grimshaw et de Gehry, la halle d’Álvaro Siza (*1933) est en briques, ce qui représente une référence matérielle aux anciens ateliers qui ont été victimes des flammes. Dans un certain sens, le hall de production de Siza est un bâtiment qui favorise les liens et contacts et qui apporte une contribution non négligeable à l’hétérogénéité du campus. En tant que bâtiment fonctionnel, simple et sans fioritures, ce hall met parfaitement en valeur les particularités des bâtiments qui l’entourent. Mais ceci n’est qu’une première impression. En y regardant de plus près, on s’aperçoit que le hall de Siza présente lui aussi une particularité esthétique et constructive qui n’est pas directement visible : une construction partant du toit et en forme de pont réglable en hauteur. Il faudrait qu’il se mette à pleuvoir pour pouvoir mieux remarquer cette particularité technique : en cas de pluie, le pont s’abaisse pour permettre aux véhicules et au personnel d’accéder au hall à l’abri des intempéries. Sa forme recourbée permet en outre de ne pas masquer l’axe visuel en direction de la Caserne de pompiers de Zaha Hadid. Selon l’emplacement et l’incidence de la lumière, l’ombre du pont donne en outre l’impression qu’il se poursuit vers l’édifice en briqueterie. Le Portugais Siza, de son nom complet Álvaro Joaquim de Melo Siza Vieira, a ainsi apporté une contribution personnelle à la création du Vitra Campus. Le nom de Siza – également lauréat du prix Pritzker – est un autre nom emblématique parmi les architectes de renommée internationale qui ont pu construire pour Vitra ; Siza est ainsi considéré comme l’un des représentants portugais les plus importants du modernisme architectural, dont les constructions se caractérisent par une certaine rigueur formelle. Cela se reflète également dans la silhouette nette de la halle, dont la beauté brute réside d’une part dans le ton rouge chaud du matériau de façade utilisé, et d’autre part dans l’absence de tout élément décoratif. Moins, c’est plus !

La quatrième et dernière halle, jusqu’à maintenant, est la halle de production presque circulaire conçue par le bureau d’architectes japonais SANAA. Sur le plan utilitaire, elle fait partie intégrante de l’ensemble architectural depuis 2010 ; sur le plan esthétique, elle fait pleinement partie du campus depuis 2012, date à laquelle la façade a été achevée. Avec sa forme ovale, elle se distingue clairement des autres halls d’usines de formes rectangulaires. SANAA a choisi cette forme afin d’offrir une surface de circulation suffisante aux camions. La façade, comme celle de la halle de Grimshaw, possède une structure ondulée ; lorsque l’on s’approche du bâtiment, on est saisi par sa beauté presque fragile. SANAA (Sejima And Nishizawa And Associates) est un cabinet d’architecture japonais dirigé par Kazuyo Sejima et Ryūe Nishizawa. Comme Gehry et Siza, ils sont tous deux lauréats du prix Pritzker ; ils se sont fait connaître en Allemagne par une construction cubique pour la Zeche Zollverein à Essen (complexe industriel de la mine de charbon de Zollverein). SANAA est réputé dans le monde entier pour ses bâtiments minimalistes, construits principalement en béton apparent non traité, en aluminium, en verre et en acier. Une architecture plus réduite que celle de SANAA ne semble guère possible, et c’est ainsi que le hall ovale a permis d’accentuer l’hétérogénéité architecturale du Vitra Campus et de renforcer son pouvoir d’attraction pour les amoureux d’architecture du monde entier.

Chez Vitra à Weil am Rhein, vous pouvez voir comment est fabriquée la Lounge Chair, vous pouvez flâner tranquillement dans la Maison Vitra, admirer les imposants bâtiments de différents designers et vous imprégnez des expositions temporaires. Chez Vitra, outre toutes ces attractions accessibles aux spectateurs, il y en a d’autres encore. Il y a par exemple la collection du Vitra Design Museum, qui fait partie des plus importantes collections de design mobilier, mais qui n’a pas encore été présentée de manière permanente. La collection comprend des milliers de meubles et de luminaires ainsi que des archives et des pièces d’héritage de designers de renom. Heureusement, Vitra a maintenant décidé de rendre ces collections accessibles, au quotidien. Comme il fallait un endroit approprié pour accueillir ces stocks importants, il fallait aussi construire un nouveau bâtiment sur le site de Vitra. L’entrepôt pour les expositions Schaudepot devait non seulement permettre le stockage approprié des précieux objets, mais aussi la visite par le public intéressé. La lumière, le climat ambiant et bien sûr l’aspect visuel – tout cela devait être pris en compte. Le Vitra Design Museum avait déjà été créé en 1989 par Frank Gehry comme bâtiment abritant les collections. Mais comme ce bâtiment abrite de nos jours encore et toujours des expositions temporaires – déjà plus de 50 depuis son ouverture en 1989 –, il était donc prévu d’ériger un nouvel édifice imposant.

De l’extérieur, la maison de dix mètres de haut, rouge et sans fenêtre, qui sert désormais de salle d’exposition, semble être un bâtiment tout à fait simple. En l’observant de près, on s’aperçoit que les briques ont été travaillées d’une manière différente de celle habituellement utilisée. En effet, l’arête de rupture des briques de cette construction est dirigée vers l’extérieur. Sous le toit, elles forment même une ligne en zigzag - ce qui n’est ni courant ni élémentaire. Dans cette construction, les architectes bâlois Herzog & de Meuron ont associé des formes et des matériaux traditionnels et anciens avec quelques astuces et idées bien pensées, ce qui a débouché sur un bâtiment moderne. Discret et pourtant impressionnant, cet édifice donne tout simplement envie d’y entrer et de voir ce qu’il y a à l’intérieur. Accueillant et un peu mystérieux, cela convient tout à fait quand on considère le fait qu’il y a tant de choses à découvrir à l’intérieur. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Herzog & de Meuron travaillent pour Vitra. Les architectes bâlois ont déjà construit le superbe bâtiment VitraHaus, lequel a ouvert ses portes en 2010. En pénétrant dans le Schaudepot, on a pratiquement tout de suite envie de retenir son souffle pour un instant. On se trouve dans un grand hall à pignon et complètement blanc vers le haut. Ce sont les nombreux objets rendant le design de meubles « vivant » qui apportent ici couleur et vitalité. Un passionnant voyage dans le temps vous attend à cet endroit – on y trouve aussi bien des créations au design d’autrefois et des matériaux froids que des meubles amusants et colorés qui donnent tout simplement envie d’en voir encore plus. Le design de meubles de 1800 à nos jours – et tout cela dans un seul et même bâtiment. Et qu’est-ce que ce sera pour vous ? Une chaise du 18e siècle ou plutôt un modèle sorti d’une imprimante 3D.

La collection design vient à l’origine de Rolf Fehlbaum, l’ancien président de Vitra. Il l’a léguée au Design Museum. Et maintenant, grâce au nouveau bâtiment que représente le Schaudepot, il y a enfin la place pour exposer de manière appropriée cette vaste collection de meubles. En plus de la salle d’exposition, le nouveau bâtiment abrite également un entrepôt souterrain. Les architectes Herzog & de Meuron ont toutefois permis un effet visuel exceptionnel en créant un lien entre le hall principal et le sous-sol, grâce à une ouverture horizontale du mur. Sur des étagères vitrées, vous pouvez admirer de nombreuses autres œuvres. Grâce à de grandes baies vitrées, on a également la possibilité de voir, entre autres, l’héritage de Charles et Ray Eames, et on peut observer les ouvriers dans leur travail de restauration. Alors que le dépôt proprement dit, situé au sous-sol, ne peut être découvert que visuellement, la grande collection de matériaux offre la possibilité de toucher certaines matières premières et d’enrichir ainsi ses connaissances en matière de meubles. Celles et ceux qui ont toujours voulu voir comment le design des objets du quotidien s’est développé et modifié, trouveront également une réponse ici, car certaines parties du stock documentent précisément cette évolution. Le nouveau Schaudepot de Vitra n’est pas seulement une attraction supplémentaire sur le Vitra Campus, mais constitue aussi une deuxième entrée. De cette manière, Vitra est rendu encore plus accessible – aussi bien depuis Weil am Rhein que depuis Bâle. Et le développement va se poursuivre – la visite du Vitra Campus en vaut vraiment toujours le détour !